Entre histoire et légende
Selon la légende, ses disciples Athanase et Théodore déposèrent le corps de l'Apôtre dans une barque, se laissant guider sur les flots par « la sagesse divine ». Ils passèrent par le détroit de Gibraltar, alors limite du monde connu « et les anges conduisirent le bateau en Galice », dans la cité espagnole d'Iria Flavia. Là, « les disciples déposèrent le corps sur une grande pierre, qui, à son contact, mollit comme de la cire et forma d’elle-même un sarcophage adapté au corps. », puis érigèrent une petite chapelle. Elle fut ensevelie sous un amas de ruines à cause des guerres que traversa l'Espagne au cours de ces siècles (Barbares, Arabes...).
Il fallut attendre le début du IXe siècle pour que la dévotion envers l'apôtre Jacques-le-Majeur revoit le jour, même si les espagnols n'oublièrent pas ce trésor durant toutes ces décennies. La tradition nous apprend que Théodomir, Évêque d'Iria Flavia, aurait aperçu une étoile resplendissante, indiquant par sa lumière le lieu où étaient renfermées les reliques de l'apôtre et de ses deux disciples. Une autre version attribue sa découverte à l'ermite Pelayo (ou Pelagius) au VIIIe siècle qui aurait été guidée par une étoile très lumineuse, jusqu'au lieu du tombeau de l'apôtre.
L'évêque ordonna, avec le soutien du pieux roi Alphonse II (760-842), qu'on édifie une église à l’emplacement du tombeau. En souvenir et par reconnaissance de ce signe divin, le roi des Asturies transforma le nom d' « Iria Flavia » en « Compostela » (« champ de l'étoile »). Une autre légende, « La légende de Charlemagne », contribua fortement à la renommée du lieu. L’empereur d’Occident aurait reçu du saint l’ordre de délivrer son tombeau des mains des Sarrasins. Pour ce faire, saint Jacques lui indiqua le chemin du tombeau par la « Voie lactée ». Après la victoire, on raconte que l'empereur érigea le premier édifice sur le tombeau. En ce temps, les Carolingiens règnent sur l'Europe et rêvent d'unir l'Occident autour de la foi chrétienne, ce qu'incarna alors le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Entre le XIe et le XIVe siècle, le pèlerinage se développe considérablement grâce à l'expansion du réseau des chemins, soutenue par la construction de ponts, routes, hôpitaux, église, chapelles le long des routes. Ces travaux sont souvent effectués par les monastères.
A partir du milieu du XIVe siècle, plusieurs époques successives offriront un contexte plus ou moins hostile à la démarche du pèlerinage : tout d'abord la Guerre de Cent ans (XIV et XVe siècles), puis les Guerres de religion dans le contexte de la Réforme (XVIe siècle) et le développement de l'Humanisme, et enfin le siècle des Lumières et la Révolution française.
Plus récemment, le Conseil de l’Europe désigna le 23.10.1987 les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle comme « premier itinéraire culturel européen », rappelant dans ce sens les racines de l’Europe d’aujourd’hui, avec un patrimoine emblématique commun partagé. En 1982, le Pape Jean-Paul II l'avait anticipé en lançant cet appel : « Europe, souviens-toi de tes racines ! En 1998, c'est au tour de l'UNESCO, qui inscrivit les chemins français sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité (http://whc.unesco.org/fr/list/ ). Comme le rappelle l'ICOMOS (International Council on Monuments and Sites) à propos de la route de Compostelle, « outre son immense valeur historique et spirituelle, elle (…) illustre de manière remarquablement complète l’évolution artistique et architecturale européenne sur plusieurs siècles ».